Gonflées

Vent de face

 

Gonflées

Vent de face

55 cm / 20 cm
Aluminium, métal, garnissage, gaze enduite et peinte.

D’un socle presque invisible, jaillit une tige d’aluminium sur laquelle se fiche tout en haut, une nébulosité formée de gonflements sous l’effet de compressions. A la fois nuages et météorite, un panache tendu et hirsute la prolonge dans l’espace.
Les frottements de l’air déchiquètent le maillage de la queue et font cramoisir les tons écarlates des rouges en marrons.
Si les poches gonflées des créations du plasticien Brésilien d’Ernesto Neto, pendent car attirées par l’attraction terrestre, ici à l’inverse dans « vent de face », les fronts cherchent à agir, à contrer, à tâter l’équilibre et à se déployer.
Les tête enflées font « vent debout » à cette force opposée, elles happent l’air pour s’élever. La sculpture dans son entier, symbole de l’homme naviguant ou volant, se cambre face à la poussée ascendante. En « buvant l’air », l’être s’assimile à l’ange et se sent appartenir au ciel .
Nous sommes dans un rapport action/réaction générateur de possibles.
Le socle et l’axe porteurs sont des contre poids visuels, la verticalité de droites comme support de l’oblique composé de courbes. Ils apportent la tempérance et stabilité et annoncent clairement de ne pas s’effrayer du vent, qui est notre allié pour s’élever.

« Le vent, une curieuse douceur lorsqu’il vous emporte le visage en vous-même, le plaque sur ce piton de vous, pointé à l’avant du navire, face au vide, sans savoir. Libre, il vous donne réalité, vous ancre, vous fiche, graine au sol. Il vous donne corps en quelque sorte, vous taille un visage un peu plus ressemblant. Intransigeant, sans détail, il vous exige. Acerbe, abrupte, rude, il sort le métal de vos nerf. Il est aussi la rouille coriace.
Lisse, il vous rend rêche.
Echevelé, il glisse en vous et vous donne le poids de votre caillou.
Sifflant, il fera de vous le rugueux de la lave froide.
Rapide, tourbillon, bourrasques, il vous fait trombe d’air et de sable, son ciel aspirant ses mers ridées.
Il passe, vous êtes devenus troc de l’arbre, navire tout entier de la proue à la poupe.
Il vous chante des choses ma chère, des choses inénarrables.
C’est la grande initiation de l’Ange. »

Jeanne Gatard « le drapeau du vent »