Longueur 12 m X Hauteur 2,50 X largeur 1,20 m/ (70 bambous , 40 mètres de grillage, 65 mètres de tissu).
De loin, Battement blanc se déploie sur la frondaison des arbres, elle papillonne comme suspendue dans l’air. Dès que l’on s’approche, la fresque du grillage se déploie et détaille chacune des touches froissées de tissu, blanches, fragiles et mouvantes. Les ombres qu’elles projettent sur l’herbe, évoquent une progression musicale et rythmique comme des notes de musique sur l’envolée d’une partition contrariée que compose les maillages. Filtre, frontière et passage, elle se love autour du regardeur, qui s’y engage, suit les plis, et s’y perd un instant.
Ancrée dans le champ par de fins tuteurs de bambous qui la dressent, Battement blanc se soulève par endroits, ondule, se contracte, comme traversée par un souffle invisible. Les voiles blancs, pris dans ses mailles, se gonflent par endroits et lui donnent l’allure d’un corps vivant, hésitant entre retenue et élan.
L’installation devient alors un espace à éprouver, un labyrinthe aérien, où la contrainte se fait poreuse et laisse affleurer des possibilités d’ouvertures qui redéfinissent le paysage.
Entre tension et légèreté, l’installation évoque un mouvement suspendu, celui d’un battement d’aile de papillon, de colombe, un appel fragile mais persistant, qui cherche à s’élever.
- Un challenge à relever en parallèle de l’installation de la caverne de JR sur le pont Neuf à Paris :

La première étape consiste à concrétiser l’inspiration. Cela passe par la projection mentale de l’installation dans le site du domaine de la Garde à Bourg en Bresse, puis à réaliser des croquis, des essais de matière avant la construction d’une maquette, qui va conforter le projet initial par son rendu. Je réserve vingt jours de travail intensif avant la mise en place sur sur place lors de la Biennale Sculpnature en ce mois de Mai 2026.
- Naissance de Battement blanc, un compte à rebours de vingt jours.
J-19
Je dois sélectionner et acheter des matériaux. Le dessin, mais surtout la maquette aide à cette représentation.
Les choix :
Je suis devant différents grillages de l’entrepôt du magasin. Celui que j’ai en stock à l’atelier et que je pensais utiliser, est malheureusement rouillé et trop mou.
- – Je m’interroge : Ces rouleaux mesurent cinquante mètres de long, c’est aussi un poids à porter de dix kilos, ce qui implique une décision face à l’endurance physique.
- – J’arpente l’entrepôt de vente en comptant 50 pas allongés pour me rendre compte de la longueur : c’est impressionnant ! Utiliserais-je uniquement que la moitié du métrage !? (En réalité j’en ai exploité 40 mètres).
- – Je jauge les mailles : quelle trame choisir ? gainées ou galvanisées ? Elles doivent être assez fermes pour tenir la verticalité et ne pas ployer sous les tissus, même s’ils sont légers. De plus il faut une « bonne poigne », avec des gants en toile épaisse pour je puisse les modeler ! Ces contraintes sont-elles surmontables . Il me faut lutter contre le sentiment de culpabilité…et garder mon calme.
- – Le prix ! De la pure folie ! Je suis étourdie, le souffle court, je doute de mon état mental. L’artiste n’est-t-il pas fou car il dépense, sans commande préalable, sans répondre à un besoin spécifique sinon celui qui l’anime au plus profond de son être.
Une installation éphémère, payée de ma poche, sans subvention, ni sponsoring, ni chance de revente, pour deux jours d’exposition… Je reste pétrifiée, emmêlée dans mes turpitudes, mais je me lance et je l’achète. Garder son calme, prendre son temps et penser à l’héritage des artistes installationnistes :
La création réelle se fait sur place pour obtenir la découverte de l’œuvre dans sa finalité. Comme Christo et son épouse Jeanne-Claude, et aujourd’hui JR, les artistes installationnistes ou encore les architectes, ne découvrent pleinement l’ampleur de l’œuvre ou du bâtiment qu’à sa réalisation finale « in situ ». La projection en 3 D (espace et l’environnement) est d’abord mentale.
J-18
L’atelier est prêt pour manipuler le grillage que j’ai… Tout de même acheté ! J’attends la livraison de la toile fine thermocollante. L’installation ne souffrira pas de la pluie.
En revanche le vent est son ennemi s’il est trop fort, car il y a des prises d’air comme les voiles
d’un bateau. Aujourd’hui je vais m’atteler à préparer des fixations pour ne pas perdre de temps. C’est un travail long et répétitif.
J-16
9h30- Le colis des rouleaux de tissu blanc est livré ! C’est reparti pour travailler au plus vite à l’atelier !
J-15
BATTEMENT BLANC ! C’est le TITRE que j’ai trouvé à l’installation .
- – Baptiser une œuvre fait partie intégrante de son élaboration. Parfois le point de départ est un nom ou une phrase courte évocatrice qui insufflent une impulsion créative. Pour L’installation, ce n’est pas le cas . L’objectif est d’offrir un message qui pourrait être interprété différemment selon la sensibilité de chaque individu, lui permettant ainsi une liberté d’interprétation.
- – Pourquoi ce titre ? Comment ne pas trahir mes intentions . Tout d’abord le blanc, que l’on retrouve dans la précédente installation nommée« Envol », est le symbole de la paix mais aussi un clin d’œil aux robes de Mélanie Trump et de Camilla Parker Bowles, épouse du prince Charles lors de sa dernière visite au US début mai 2026. Leurs tenues m’avaient interpelées. Était-ce un message de leurs parts révélant au yeux du monde, leur désir profond ?
L’expression du mouvement est la traduction d’un tension interne et d’un appel à un monde meilleur, d’oú l’idée du battement, comme un battement de bambous…
J-14

Le travail sur l’installation avance à bon train. Le tissu est un élément primordial car révélateur de la nervosité du grillage. Féminin, doux, aérien, il va contribuer à accrocher l’air, le regard et ponctuer de pauses, la frondaison d’arbres au fond du champ.
J-13
L’atelier est organisé autour de deux postes :
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- -L’un pour la découpe des tissus.
- -L’autre pour leur fixation au grillage.
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Sur la grande table de montage, d’un côté je déroule le grillage vierge, ensuite au milieu je le travaille avec le tissu puis, j’enroule à l’autre extrémité ce qui a été réalisé. Chaque pièce de tissu fixée et finalisée m’a demandé 45 minutes. Heureusement que je ne suis pas payée au rendement. Quelle désastre !
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Peu à peu le rouleau de ”Battement blanc » se gonfle au fur et à mesure du travail. Il donne un aperçu de l’effet d’optique et des sensations que je souhaite susciter. J’ai hâte de voir le résultat une fois modelé et organisé, le grillage garni prendra tout son sens sur le lieu d’exposition.
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12 mètres de grillage traité avec le tissu thermocollant. J’ai encore beaucoup à faire dimanche. Pas de repos pour la création ! Le temps est précieux. Le travail avance tambour battant.
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Le rouleau est un COCON. Il s’étoffe chaque jour un peu plus. « Je suis au bout rouleau !!! ». Dans quelques jours je vais participer à l’éclosion de « Battement blanc », espérant que l’installation et la météo ne me donnent pas trop de « fil à retordre »…
L’objectif est de tisser un lien intime avec la nature :
- -Plantée au sein du site, chaque support de bambou sera fiché à même la terre, pour marquer une interdépendance.
- -La transparence des maillages captera les verts de la frondaison d’arbres en arrière-plan.
- -Le déploiement de la frise visualisera la légèreté des palpitations de touches blanches, les ombres aux sol en seront leurs échos …
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Je repasse avec le fer chaud le tissu dans chaque maille. Les Hyménoptères (abeilles, frelons, guêpes…) ne prodiguent-t-elles pas ce long travail aux alvéoles de leur nid ? Le monde de l’aérien possède une part de délicatesse. Les parachutes et montgolfières sont soigneusement pliés avant d’être déployés, tout comme le bourgeon libère la fleur qui éclot.
J’intègre l’éphémère à « Battement blanc ». Tout d’abord, elle ne sera visible que deux jours. De plus, uniquement si les conditions météorologiques le permettent. Le vent modeste et la pluie façonnent l’installation : la déchirure, l’effilochement impriment la marque d’une temporalité comme si l’installation se fanait. Ma façon d’accepter la vie pleinement. Il n’y a plus qu’à espérer que les oiseaux et les insectes y trouvent leur compte !
J-8
Champagne ! C’est terminé pour ce long grillage de 40 m de long. J’ai utilisé près de 3000 agrafes et 65 m de tissu (chutes sur ma tête en guise de perruque XVIII -ème) et 40 mètres de grillage.
Demain, emballage pour le transport.
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L’emballage, préparation des accessoires et outils à emporter .
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Mais pourquoi si peu de moyen et utiliser du grillage comme matière de sculpture ou d’installation ?
Arrêtons-nous sur ce choix. Ma recherche remonte depuis les Beaux-Arts : recherches sur l’immatérialité, l’éphémère, le transitoire, le mouvement, la transparence comme la tulle de la mariée ou la dentelle qui nous fascine depuis des siècles.
- Je conçois l’œuvre en fonction de l’environnement pour l’intégrer aux maillages ainsi que le ciel. Elle tisse des liens, répondant au principe que tout est lié.
- De plus elle accroche le regard et interroge sur son rôle. Barrière protectrice ? Filet prédateur ? Filtre ?…
- Une pièce en rond de bosse, bien dure, multi faciale, ayant du poids, est plus conforme à ce que l’on attend !
C’est ce que JR réalise en juin. Il transforme le Pont Neuf pour en faire « la plus grande œuvre immersive au monde » sous la forme d’une caverne. Un trompe-l’œil en « faux dur ». À l’opposé, en 1985 de Christo et Jeanne-Claude qui gommaient la pierre du pond sous un plissé « à la grecque », suscitaient une sensation d’immatérialité, d’une douce sublimation.
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