L’œuvre nous met en mouvement 

« Je n’aime pas les tableaux car cela ne bouge pas ! »

Cette exclamation entendue lors d’une visite de Musée, m’a arrêtée net.

L’Art n’a jamais cessé de bouger dans le temps : les œuvres insufflent tendances inscrites dans des mouvements de l’histoire de l’art. Il porte en lui des idées, des luttes, des pensées, des modes, des engagements par des styles caractérisés…

–          1 Cette réflexion troublante n’en disait-elle pas long sur notre époque ?

À l’ère des écrans et des images animées, avons-nous désappris la contemplation ? La peinture est-elle devenue barbante, comme une expression du passé ? Sans clés de lecture, nous nous impatientons comme des enfants ?   Est-elle seulement reléguée comme un bel objet décoratif ou un pot de confiture sur une étagère ?  Savons-nous encore admirer une œuvre, la regarder vraiment et y prendre du plaisir ?

Il est heureux que beaucoup d’artistes contemporains s’expriment à travers la peinture même si les critères de l’art contemporain, promu par les institutions, dédaignent dorénavant la peinture, car trop souvent jugée injustement  comme une expression désuète.

 Le mouvement traverse l’histoire de l’Art, qu’il soit suggéré dans la peinture: « Nu descendant l’escalier » de Marcel Duchamp, le futurisme, ou pleinement incarné, c’est-à-dire réel, à travers le cinétisme, les mobiles Calder, ou les machines animées de Tinguely. Ce sont des œuvres majeures qui inspirent encore des artistes contemporains. Aujourd’hui même, des écrans disséminés dans les vastes espaces des FRAC, diffusent le bégaiement de vidéos.

–          2  Le mouvement dans mon art :

Travailler sur une œuvre relève d’ailleurs de la chorégraphie !  Le support posé sur des tréteaux, m’oblige à tourner autour, je grimper sur un escabeau pour en saisir la vue d’en haut. Je la dresse sur un chevalet aussi, j’avance, je recule, j’interroge son avancement son avancement… Mon corps entier participe à sa création.  Dans mon propre travail, j’inscris l’expression du mouvement réel dans mes sculptures et mes installations. Il est suggéré dans mes tableaux reliefs par plusieurs techniques :

Dans la série Éclats, je m’inspire de la touche épaisse et divisée de Van Gogh, dont chaque nature morte, chaque intérieur, chaque rue semble palpiter ! Je recrée cette pulsation et ces envolées par des adjonctions de cartons et papiers peints, dont les reliefs évoquent les empâtements du couteau.

  •  J’aime les compositions ouvertes, centrifuges ou centripètes, affranchies du cadre. Parcourues d’invisibles lignes de force mais aussi des blancs qui respirent.
  • J’y ajoute l’énergie du geste, tirée des leçons de l’expressionnisme abstrait ou lyrique, sur les papiers des fragments
  • J’utilise le séquençage, les répétitions et la métamorphose comme expression du dynamisme au bord de la rupture de l’harmonie générale.
  • Je favorise la prédominance de la courbe conjuguée aux tensions de la rectitude des lignes parallèles que l’on retrouve dans l’ondulation du carton.
  • Je guide l’œil dans le tableau car ce n’est pas l’image qui bouge, mais l’œil, il explore, hésite, revient. C’est un organe piloté par le cerveau. Et selon la circulation qu’il décide, cet organe supérieur de perception et outil d’interprétation, déclenche le flot des sensations, des émotions et de la réflexion. Regarder une œuvre d’art, n’est pas de tout repos ! Nous observons, sélectionnons, organisons et interprétons en faisant appel à nos connaissances et nos souvenirs intimes. 

L’ œuvre d’art nous porte, nous transporte et nous transforme.
En réalité, c’est nous qu’elle met en mouvement !

Le 25 février 2026