
Oser, créer, se dépasser ?
Oser, créer, se dépasser
Impossible de ne pas penser aux champions olympiques qui repoussent leurs limites physiques, aux cuisiniers qui « ne lâchent rien » face à leurs fourneaux et à tous ceux qui réalisent des prouesses et visent l’excellence pour réaliser des actes ou des pièces d’exception ! En est-il de même pour les artistes ? L’artiste est-il un héros ?
L’artiste aux multiples casquettes
J’ai toujours cumulé tout au long de mon parcours des activités annexes, d’emplois de salariés à la gestion d’entreprises (antiquaire, galeriste, enseignante, animatrice…). Des expériences qui m’ont apporté une résistance et de nouvelles compétences. Aujourd’hui encore mon « travail alimentaire » reste difficile à articuler avec ma pratique artistique. Le temps et la disponibilité mentale, sont des ressources limitées.
· De plus, les revenus modestes restreignent les ambitions : déplacements vers des salons et galeries, à la fois éloignés et prestigieux. Les principaux postes de dépenses sont réservés aux adhésions associations d’artistes, plateformes de ventes, expositions locales, à l’achat des matériaux et des charges diverses…
· Lorsque que l’on cumule un autre emploi, le manque de disponibilité entrave le processus créatif. Les périodes de congés sont planifiées en fonction des salons et des expositions. Le temps réellement consacré à la création reste limité. Il est grignoté par l’organisation du quotidien (tâches domestiques, administratives, logistique) et mon second emploi. Par conséquent les moments entre amis, les nouvelles rencontres, les loisirs ou les vacances restent limitées.
· La charge mentale est un facteur majeur. Quelle frustration de devoir lâcher mes pinceaux pour enfiler une autre casquette et répondre à d’autres exigences !
Un bras de fer sur le bureau.
Le bureau, lui, est réservé à la gestion de projets.
– Chaque matin, je passe du temps devant mon ordinateur. Mon objectif est d’être visible (réseaux sociaux, expositions) dans l’espoir que l’on se souvienne de moi.
Exigeante, je reste connectée au monde artistique : analyse du marché de l’art, compréhension de l’écosystème culturel, observation les tendances, repérage des opportunités. Vient ensuite la prospection : envoie de dossiers, réponses aux des appels à projets, rédaction de publications, d’organisation d’évènements ou de collaborations. Sans oublier concerne la gestion de mon site, des plateformes de vente et des réseaux sociaux…
– Avec une main de fer, je déjoue les pièges, émanant d’organisations peu scrupuleuses du statut d’artiste-auteur, ou celles, plus sérieuses, mais plus coûteuses et risquées. Cela ne m’empêche pas de m’engager dans des projets chronophages sans retombées, d’ encaisser les refus, ou encore les silences de cercles fermés qui entament le moral.
– Heureusement, il y a de belles rencontres : collaborations inattendues, des expositions à l’étranger (Chine), échanges inoubliables et chaleureux avec des artistes et avec un public enthousiaste… Je garde le souvenir ému du concert de musique ancienne de l’ensemble Estournel, venu jouer lors d’une exposition dans la chapelle de Montbellet en 2024.
Ces instants nourrissent ma résilience et renforcent mon engagement…
L’atelier : prison ou refuge ?
Mon « atelier-protecteur » nommé ISS (Station Spatiale Internationale) est une plateforme de décollage vers les expositions. Il est prison et refuge. Dans une sorte de bulle matricielle, il m’isole du monde pour mieux l’intérioriser.
– L’état mental
· Quel est mon état d’esprit lorsque j’engage ma création ? Les artistes sont-ils tous habités d’un « spleen romantique » comme l’exprime l’autoportrait « Le désespéré » de Gustave Courbet ? Je ressens, comme tout un chacun, des freins psychologiques : inquiétude, stress (solitude, délais, fatigue, finances…) auxquels s’ajoutent les préoccupations du moment (famille, la santé, actualité…). Souvent le mal-être, symptôme des artistes, provient des doutes récurrents : « tu sais où tu vas ? Peu de gens aiment ton travail ? Les interactions sporadiques sur les réseaux sociaux, en sont la preuve… ». Heureusement, je remporte de petites victoires, comme la joie d’une réalisation aboutie, ou celle d’une vente. L’antidote le plus efficace reste la musique qui efface tout, et hop, c’est parti pour l’envol !
– Créer, c’est oser.
· Lorsque mon esprit est libéré et absorbé par la création, le temps n’existe plus. Cette fois-ci l’analyse critique et l’inspiration prennent le relais. Je commence par des croquis, maquettes et travaux graphiques, nourris par l’observation du monde : nature, traces humaines, écrits, évènements… Ensuite j’extrais, j’affine et je développe ce qui me tient à cœur afin de créer des œuvres qui traduisent une convergence entre mes forces intérieures et les tensions d’un monde agité.
· Après de nombreuses expérimentations, le papier et le carton déchirés se sont imposés. Considérés comme « pauvres » ils incarnent pour moi la légèreté, l’économie de moyens dans une démarche écologique. Mon second défi est d’adopter une expression abstraite qui ouvre à de multiples interprétations et m’éloigne de l’illusion figurative (profondeur, d’ombres, échelles). Je privilégie la composition, la couleur, le mouvement et la dislocation. L’effort est d’échapper à la répétition, de sortir de sa zone de confort, tout en maintenant une harmonie interne. Par conséquent, chaque nouvelle œuvre comporte son lot de risques. Insatisfaite, il m’arrive d’échouer, de tout déchirer pour recommencer. Mais un fois le tableau « remis sur le chevalet », après des heures de travail, le miracle se produit. L’œuvre me dépasse. Le mur du son claque dans l’apophénie, révélée par des signes et des interprétations multiples parfois même loin de mes intentions initiales.
Hors les murs, l’espoir chevillé au corps.
Pour préparer des expositions, je deviens organisatrice : conception, scénographie, communication, transport, négociation… Ces tâches bien qu’exigeantes apportent une grande satisfaction.
· Les vernissages et les salons sont des rendez-vous essentiels pour enrichir un réseau authentique, revoir ses connaissances et retrouver ses amis même fugacement. Ils renforcent mon sentiment de faire partie de la famille des artistes.
· J’aime ces moments privilégiés pour rencontrer le public, échanger avec lui. La joie de vendre une œuvre est incomparable : un moment de communion unique où l’acquéreur fait un choix intime emportant un fragment de mon message.
· Même si tout n’est pas encore réuni pour faire pleinement émerger mon travail plastique, je persévère. Résiliente et déterminée je continue chaque jour à créer, à oser. Mes actions, même modestes, qui ajoutées les unes aux autres, sont autant de dépassements au quotidien. Mon souhait est de créer, chercher, expérimenter et partager, non pour être en haut de l’affiche, mais de réussir à vivre de mon art… Peut-être une douce illusion… Mais rien n’est acquis tout est à construire. C’est là que réside l’aventure artistique.
Le 16/ 03/ 2026
» Avant l’œuvre, le peintre, comme tout créateur, connait la rêverie méditante, la rêverie qui médite sur la nature des choses. Le peintre en effet vit de trop de prêt la révélation du monde par la lumière pour ne pas participer de tout son être à la naissance sans cesse renouvelée d’un univers … » Gaston Bachelard
