Sculptures turbulentes
Pied d’équilibre

– La sculpture Pied d’équilibre :
Pied d’équilibre ou point d’équilibre ? Voici une sculpture composite et étrange, c’est à dire qu’elle s’organise dans une boucle visuelle, autour de trois éléments : un pied moulé avec des voiles de papier qui sert de socle ou de « piédestal ». Une grande tige garnie de feuilles et arquée par le poids d’un plomb en forme de goutte d’eau inerte. Deux teintes s’imposent d’entrée de jeu, celle de la blancheur de la cellulose et le gris mâte du plomb. L’idée du pied est arrivé tardivement dans ma création car je n’arrivais pas à trouver une base cohérente, suffisamment stable, qui pouvait conjuguer à la fois l’appuie et la légèreté. J’ai trouvé mon inspiration en admirant un vieux « pied de vigne » en me demandant pourquoi on attribuait spécifiquement un membre humain à ce noble plan ! Outre ces greffes surprenantes du langage commun entre humain et végétaux ou animaux, ces associations sont exploitées dans l’art. Par exemple dans les tableaux de Jérôme Bosch, Pieter Bruegel l’ancien « La chute des anges rebelles », les photos surréalistes comme « La main coquillage » de Dora Maar, et la sculpture de « monstruosités », que nous retrouvons dans l’art occidental, gothique et classique, les divinités indiennes, égyptiennes et grecques comme tout particulièrement l’aile dans le talon d’Hermès. N’est-ce pas là, depuis des siècles, une façon d’exprimer que l’Homme est endogène à la Nature, qu’il appartient à un Tout. C’est peut-être pourquoi, qu’à l’atelier, en mettant en forme ce pied, la tige de feuilles s’est très naturellement imbriquée et à apporter un message de poids à l’ensemble .
-Quelles sont les interrogations ?
- Peut être celui d’une nature infléchie sous un poids d’une goutte d’eau dénaturée (de plomb) car toxique, issue d’un piège créé par l’homme ?
- Un poids qui empêcherait tout développement, déploiement, jusqu’à l’envol du dieu messager ?
- Ou au contraire la symbolique d’une recherche d’équilibre tendu comme un fil à plomb entre l’Homme et la Nature ?
« Je n’ai pas à me préoccuper de l’idée : seule l’image compte, l’image inexplicable et mystérieuse car tout est mystère dans notre vie. » – René Magritte
– Éclairages sur la série Hors Sol :
Le système « hors sol » est une culture intensive sans terre. C’est également ma proposition artistique sous la forme de six spécimens posés à même le sol qui élaborent une réflexion autour de l’idée de l’Homme et de la Nature. J’expérimente de nouvelles formes de création avec l’utilisation de matériaux simples, comme l’Arte Pavera. L’ensemble des œuvres biosourcées, se décline avec de nouvelles propositions, à la recherche d’une hybridation entre la nature et la représentation humaine. Réalisés dans une volonté de création biosourcée, la série se décline en voiles de cellulose, en bois et métal gainés de papier, avec des insertions de cartons, de bris de miroir, morceaux de toiles, d’écorces, de lichens prélevés dans les bois, et en contrepoids, de plomb.
- L’absence de socle qui évite l’enracinement de la « sculpture-plante », montre que chacune est un élément artificiel mais également vulnérable.
- L’insertion du vide entre les ligaments, racines et branchages, apporte une respiration. Ces formes longilignes se mettent à vibrer sous le passage de l’air.
- La légèreté des pièces et la blancheur du papier, donnent une tonalité de référence.
- L’ondulation est une expression douce de la nature, qui tente de s’étendre ou de s’accrocher.
- L’étirement vers le haut, mimétisme de la croissance des végétaux, ne répond-t-il pas à un désir d’ascendance pour rechercher la lumière, la grandeur, l’expansion, spécifique à la vie ?
– Pourquoi évoquer la culture Hors sol ?
–« Hors sol » est une prise de conscience face au tumulte du monde et des êtres impactés qui le peuplent, soumis aux désordres, à l’instable, à la fragilité. Force est de constater que la réalité ne colle plus aux décisions, où le bon sens et la sagesse se dérobent sous nos pieds, ébranlant nos certitudes. Où le progrès est source d’inquiétude plus que le garant d’espoir, l’exploitation massive supplante la réponse à un simple besoin et au respect des ressources. Alors que les COP se succèdent, or nous sommes des témoins impuissants face aux États du Monde qui peinent à s’organiser unanimement pour prendre des mesures face du danger qui menace notre planète et la vie qu’elle abrite .
-« Hors sol » nous questionne sur un système de culture intégré et évolutif s’inspirant des écosystèmes naturels. C’est également une démarche éthique et une philosophie qui s’appuient sur trois piliers : « prendre soin de la Terre, prendre soin des humains et partager équitablement les ressources.
La série est une invitation autour d’une thématique mobilisatrice, engagée, plus que jamais dans une actualité teintée d’urgence face à ces enjeux climatiques et la place que pourrait y prendre l’Anthropocène. Elle est aussi une approche vers des sujets graves par le biais de ce qui est reconnaissable, familier. La piste d’un désir à contribuer à réenchanter le monde.
*· Hydroponie: la culture a lieu dans de l’eau contenant des nutriments dissous, sans aucun substrat. Aéroponie: les racines sont suspendues dans l’air et pulvérisées à intervalles réguliers avec une solution nutritive.
“J’espère sincèrement que toutes mes œuvres sont comme des bijoux parfumés, toujours avec un sens de pureté fraîche, sans même un iota de vulgaire.“ Uemura Shōen